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Peut-on être féministe et avoir un fantasme de soumission ?

Photo du rédacteur: Manon DespresManon Despres
Femme soumise kink soumission allongée sur un lit

“Je suis grave féministe mais pourquoi j’adore me faire soulever comme une tchoin ?”

Extrait du forum @REDDIT
Extrait du forum @REDDIT

Cette question rencontrée lors d’une consultation en cabinet soulève un questionnement bien plus profond, celui de la confrontation du désir et de l’engagement politique. Militer pour l’égalité, l’émancipation, le refus des rapports de domination et contre le patriarcat le jour, mais aimer être docile et soumise la nuit ? ça vous semble paradoxal ? Et si finalement pas tant que ça ?

Dans cet article, on plonge ensemble dans la complexité du désir, entre construction sociale, inconscient érotique et liberté individuelle. On parlera de philosophie féministe, d’imaginaires sexuels et de BDSM.

Si vous avez un doute sur la définition, je vous renvois vers l'article suivant : 👉 C'est quoi avoir un Kink ?

Fantasmes de soumission : un conditionnement patriarcal ?

Manon Garcia, dans On ne naît pas soumise, on le devient, montre que la soumission féminine n’est pas un simple effet d’une oppression extérieure, mais qu’elle est aussi intériorisée dès l’enfance. Comme l’explique Simone de Beauvoir, les femmes grandissent dans un monde où elles sont encouragées à être douces, conciliantes, et à rechercher la validation des hommes.

Alors, quand une personne socialisée en tant que femme développe des fantasmes de soumission, faut-il y voir un vestige du patriarcat ? Une forme de « fausse conscience » ?

La question est légitime. Mais comme le rappelle Océan dans Sortir de la cage, nos fantasmes ne sont pas des manifestes politiques, et ce n’est pas parce qu’on fantasme la soumission qu’on y adhère dans la réalité. Le désir ne suit pas une logique militante, et c’est là toute sa complexité : on peut être féministe et aimer jouer avec la domination… tant que cela reste un choix éclairé.



Fantasmes et construction sociale : une fatalité ?

Nos imaginaires érotiques sont influencés par la culture, la pornographie, les récits amoureux, la pop cul-ture… et il est certain que les représentations traditionnelles des relations de pouvoir ont façonné ce que l’on considère comme « excitant ». Pourtant, cela ne signifie pas que nos fantasmes sont figés ou qu’ils doivent être vécus comme une assignation.

Océan interroge dans Sortir de la cage cette tension entre ce que l’on désire et ce que l’on voudrait désirer. Il rappelle que les fantasmes ne sont pas nécessairement le reflet de nos convictions profondes, mais plutôt le résultat d’un inconscient nourri par la société.

La bonne nouvelle ? Comme toute construction sociale, nos imaginaires érotiques peuvent évoluer. Non pas pour correspondre à une norme « politiquement correcte », mais pour mieux nous correspondre, nous épanouir et comprendre ce qui nous excite réellement.



Soumission dans le BDSM : qui a le pouvoir ?

Le BDSM est souvent perçu comme une reproduction brute des rapports de domination. Mais paradoxalement, c’est l’un des cadres les plus codifiés et sécurisés qui existent. Contrairement aux idées reçues, c’est généralement la personne soumise qui garde le contrôle :

  • Elle définit les limites et les pratiques en amont avec son·sa partenaire.

  • Elle peut arrêter à tout moment avec un mot de sécurité.

  • Elle choisit le cadre dans lequel elle veut expérimenter la soumission.

Le plaisir vient alors du lâcher-prise consenti, et non d’une domination subie. On ne « subit » pas dans le BDSM : on joue à subir. Une différence essentielle.

👉 Exercice pratique : si vous avez des fantasmes de soumission mais que l’idée de « subir » vous met mal à l’aise, essayez un jeu de rôle où vous imposez vous-même les règles. Par exemple, dictez à votre partenaire précisément ce que vous souhaitez explorer. L’inversion des rôles peut être libératrice !



Le fantasme de viol : un tabou à déconstruire

Parmi les fantasmes de soumission, celui du viol est l’un des plus courants. Il peut être troublant, en particulier pour les personnes féministes, car il semble en contradiction avec l’idée du consentement et de la liberté.

Mais comme l’explique Emily Nagoski (Come As You Are), fantasmer une scène de contrainte ne signifie pas vouloir la vivre dans la réalité. Ce fantasme repose souvent sur :

  • L’excitation de l’interdit et du tabou.

  • La possibilité de lâcher-prise total sans responsabilité du désir.

  • Parfois, une manière inconsciente de reprendre du pouvoir sur un trauma personnel ou collectif.

Le point clé : dans un jeu érotique, la différence entre fantasme et violence réelle, c’est le consentement. Les mises en scène de ce type de scénario se font dans un cadre sécurisé, avec des limites strictes et des mots de sécurité.

“dans un cadre choisi et sécurisé, la soumission devient un acte de contrôle plutôt qu’un abandon imposé.”


👉 Exercice pratique : si ce fantasme vous trouble, prenez un moment pour analyser ce qui vous excite réellement dedans. Est-ce l’aspect interdit ? L’idée d’être désiré·e sans avoir à prendre l’initiative ? Cette réflexion peut aider à comprendre comment l’explorer de manière sécurisée et épanouissante.



Quand les fantasmes aident à reprendre le contrôle

Un autre point essentiel : certains fantasmes de soumission peuvent être une manière inconsciente de transformer une expérience douloureuse en source de plaisir.

Si les structures de domination imprègnent nos imaginaires, la sexualité peut devenir un terrain de réappropriation. Le fantasme peut alors devenir un formidable outil thérapeutique et permet de résoudre des traumatismes non digérés. 

Certaines personnes ayant vécu des violences ou des oppressions trouvent dans le BDSM ou les jeux D/s un moyen de rejouer des situations de contrainte, mais cette fois en étant aux commandes. Cela peut permettre de reprendre du pouvoir sur des blessures passées. 



Alors, faut-il culpabiliser ? Absolument pas !

Le féminisme ne consiste pas à policer nos désirs, mais à revendiquer la liberté de les explorer sans honte. Nos fantasmes sont le reflet de notre histoire, de notre culture, et parfois de nos blessures, mais ils ne définissent pas nos valeurs ni qui ont est !

Il peut être intéressant (et libérateur !) de considérer que nous avons plusieurs personnalités, notre personnalité sociale, politique, professionnelle… et sexuelle. Notre personnalité sexuelle n’est qu’une partie de qui nous sommes et ne nous définit pas. L’essentiel est de rester dans une démarche de choix et d’épanouissement personnel.

Avoir des fantasmes de soumission n’a rien d’anti féministe tant qu’ils sont consentis et choisis. La sexualité est un jardin personnel d’exploration, et le plus important est de trouver ce qui vous fait du bien, sans pression ni culpabilité.

Alors, si ce type de jeux vous attire, pourquoi ne pas les expérimenter avec légèreté et conscience ? Le féminisme, c’est aussi ça : la liberté de choisir.


👉 À retenir :  ✔️ Nos fantasmes sont influencés par la société, mais ils ne nous enferment pas.  ✔️ Le BDSM permet d’explorer la soumission tout en gardant le contrôle.  ✔️ Le consentement transforme une mise en scène en jeu, et non en violence.  ✔️ Nos désirs ne sont pas une trahison de nos convictions féministes.

Alors, explorez, questionnez, et surtout… amusez-vous ! 🚀


Pour aller plus loin…

Si le sujet vous intrigue, voici quelques ressources à explorer : 📖 Sortir de la cage d’Océan, qui questionne les normes autour du désir. 📖 Manon Garcia, On ne naît pas soumise, on le devient, 📖 Mating in Captivity d’Esther Perel, qui aborde la tension entre désir et engagement. 📖 Come As You Are d’Emily Nagoski, pour mieux comprendre les mécanismes du plaisir.🎤 Faut - il contraindre ses fantasmes - Radio France. 



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